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Tendances

Pierre, nourrir le futur avec les Tilapias
Raiatea

Pierre, nourrir le futur avec les Tilapias

Publié le 5 juin 2018

Pierre Bergonier aime l’innovation et l’exploration. Poussé par une curiosité insatiable, il a développé de nombreuses activités. À l’âge de 67 ans, il vient de se lancer dans l’élevage de tilapias à Raiatea avec le soutien du gouvernement. Hommes de Polynésie a rencontré cet éternel découvreur.

La tête dans les voyages

Pierre grandit dans le sud de la France avec des idées de voyages plein la tête. Touche à tout, il commence par une école d’imprimerie, puis des études de commerce, ce qui l’amène à vendre des machines d’imprimerie. En 1974, avec le livre « Le bonheur sur la mer », Pierre découvre la vie sur les voiliers. C’est le déclic. 

Pour payer son voilier, il devient plongeur pour les plateformes pétrolières. Il travaille en Afrique, dans le Golfe de Guinée, en Mer du Nord, en Méditerranée avant de partir avec son voilier à New-York. Il s’installe à Haïti en 1979 où il reste huit ans. De retour en France il travaille dans le secteur de la remise en forme, crée un journal, développe un diffuseur d’huile essentielle et il écrit « En quête d’Alizés ». Après le tremblement de terre de 2010 à Haïti, il décide de se former en aquaculture dans le but de la développer en Haïti.

La découverte du tilapia

« En discutant au téléphone avec le directeur d’Intechmer et de mon souhait d’intégrer leur formation, celui- ci a cherché à freiner mes ardeurs en me disant que j’allais me retrouver en classe avec des jeunes de 23 ou 24 ans préparant un master. »

Le soir, Pierre échange avec son fils, 23 ans, qui lui dit : 

« Papa tu es largué, tu t’imagines reprendre des études à ton âge ? Les connaissances ont évolué… »

Suivi des poissons

Il n’en fallait pas plus pour que Pierre relève le challenge… Il décide de repartir sur les bancs de l’école. Pour son diplôme, il réalise son stage dans une écloserie de tilapia à Haïti. Ce sont les retrouvailles avec Régine, une amie qu’il a connu trente ans auparavant et qui est installée à Raiatea, qui l’amèneront en Polynésie où le tilapia est perçu comme un poisson de caniveaux. Très fin au goût et rempli de nombreuses valeurs nutritives, c’est pourtant le poisson le plus élevé au monde.

Un marché d'avenir pour le fenua

Pierre débarque en 2013 et pose ses valises après un tour du monde sur l’aquaculture. 

« À partir de 2014, j’allais souvent à la pêche au thon, c’est en discutant avec les pêcheurs que le projet a germé. En 2015, j’ai acquis suffisamment de connaissances pour présenter le projet au gouvernement. En février 2016, je lance un pilote d’écloserie avec trois bassins, aujourd’hui il y en a 36… »

Pierre pense que les tilapias marqueront le départ de l’aquaculture en Polynésie en proposant un poisson à un prix raisonnable.

« Ce n’est pas évident quand on arrive avec un projet qui est différent des habitudes alimentaires et des traditions. Les Polynésiens ont un lien très fort avec la nature qui transparaît dans les danses, les chants… Ils ont inventé le rire, les sourires… »

Bassins

« J’aimerais en retour leur apporter mes connaissances pour faire perdurer ces paradis. J’ai été adopté dans une amicale de pétanque et grâce à tous ces échanges, mon projet a avancé. »

Pierre réussit à convaincre. Des professeurs d’Ifremer et du Cirad le soutiennent, il gagne un prix du Concours de l’Innovation organisé par le Ministère de l’économie bleue en 2016 sous la direction de Teva Rohfritsch qui lui signe un pacte d’intérêt économique. En avril 2018, il se voit allouer un terrain à Raiatea qui va lui permettre de transférer l’écloserie et de lancer le projet. Parmi ses fidèles supporters, Carlos Smidt, animateur de spectacles et passionné d’aquaculture s’implique avec enthousiasme.

« Mon objectif vise une production de 200 tonnes par an d’ici trois ans, afin de fournir les cantines scolaires. »

Nettoyage des bassins

Visionnaire, Pierre espère importer des espèces de tilapias à croissance plus rapide pour faire des croisements avec les tilapias locaux, lancer des formations continues pour promouvoir l’emploi local. Engagé, il s’implique pour le fenua qui lui a permis de se poser en gardant une vie passionnante… 

« Quand on est bien sur son parcours, tout finit par se mettre en place pour qu’on avance… Et ça, la Polynésie me l’a bien montré et me le permet. »

Fenua signifie « territoire », « terre », « pays » (ou souvent « île ») en tahitien.

Céline Hervé Bazin
Rédactrice web

© Photos : Céline Hervé Bazin

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