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Manutea : « il faut le feeling, comme on dit dans le monde de la pirogue »
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Manutea : « il faut le feeling, comme on dit dans le monde de la pirogue »

Publié le 12 avril 2018

Il vient de remporter successivement deux courses de va’a de Te Aito, en Nouvelle Zélande et en Nouvelle Calédonie. À ce niveau de compétition, les seules prouesses techniques ne suffisent plus. Le « feeling », faire corps avec les éléments, ce petit quelque chose du domaine du ressenti, peut faire la différence. Hommes de Polynésie a rencontré Manutea Millon, jeune champion de va’a de 25 ans, qui nous en dit plus sur sa passion, qu’il vit en équipe ou en solo, et cette sensation de ne faire qu’un avec la grande bleue.

Une passion transmise par son père

Manutea voit le jour en Nouvelle-Zélande où il passe les trois premières années de sa vie. Son père, originaire de Nouvelle Calédonie est instituteur, et sa maman, tahitienne, travaille dans une entreprise familiale. Manutea vivra successivement à Rurutu, Punaauia puis Mataeia, son fief, d’où sont issus de nombreux sportifs champions de Polynésie.

Manutea avec Kevin Céran-Jérusalémy

« Enfants, on a grandi ensemble avec mon cousin Rete Ebb et Kevin Céran-Jérusalémy. On faisait des courses pour s’amuser en kayak Rotopol (sourires). »

Manutea avec son père

Son père, ancien champion de va’a, ne lui laisse pas le choix.

« En 6ème, mon père m’a donné mes premiers cours de rame. Après l’école, comme on habite en bord de mer, il corrigeait mes erreurs. Puis il a commencé à faire mes programmes d’entraînement quand j’étais en 3ème, avant les championnats du Monde de 2008. »

Pour autant, Manutea ne s’en plaint pas et reconnaît avoir été à bonne école.

« Quand je suis revenu des championnats du monde, je n’ai plus arrêté. C’est comme une drogue, on ne peut plus s’en passer. Je remercie mon père pour m’avoir mis dans ce sport, ma mère qui m’a toujours soutenu, avec mes petites sœurs, et ma copine de l’époque car cela demande beaucoup de sacrifices. »

Un palmarès prometteur

Le palmarès de Manutea est assez impressionnant :

  • 2009 – 2010 : plus jeune au super Aito (avec Kevin Céran Jérusalémy).
  • 2010 : Victoire sur toutes les courses du calendrier en équipe avec Mataiea Va’a, 2ème aux championnats du Monde de V1 derrière Kevin Céran Jérusalémy et devant Rete Ebb.
  • 2011 : Record du monde battu en V6 aux Jeux du Pacifique Sud. Manutea est le plus jeune de la sélection.
  • 2017 : 3ème du Te Aito et du Super Aito.

En 2011, l’année de son bac Scientifique, Manutea intègre une classe prépa DCG, une filière de l’expertise comptable durant quatre années. 

« Je me suis rendu compte que la comptabilité ne m’intéressait pas plus que ça. Ce n’est pas ce que je fais de mieux. Ensuite, je me suis consacré à la rame depuis 2015. »

Au début, ses parents ne sont pas trop d’accord, mais devant les bons résultats de leur fils, ils le soutiennent, et de nombreux sponsors commencent à le solliciter.

« Je remercie tous mes sponsors : Va’a Tehuritaua, Huahine Rame, Saltwater Family, Virus, Bomber eyewear, Tahitian Spirulina, Physio Tahiti, JAC Pacifique Massage, Viper Va’a, SNS Tahiti et 425 Pro. »

Le choix de se consacrer à sa passion

En 2015-2017, Manutea est approché par Shell va’a, et rame pour eux.

« C’est une grosse entreprise. Ils nous donnent vraiment les moyens pour que l’on se sente bien. On a notre propre salle de musculation, un nutritionniste, des déplacements à l’étranger pris en charge. »

Cette année, c’est en individuel et au sein de la team OPT qu’il s’illustre.

« J’aime bien l’ambiance, et il y a beaucoup de jeunes dans le groupe. »

« Il n’y a pas de secrets, il faut s’entraîner dur, y croire. Se donner le temps et les moyens. Un sport sans la drogue, c’est le top. On peut devenir champion sans consommer de la drogue. Les rêves sont faits pour être réalisés. »

Manutea s’entraîne le matin et l’après-midi. En V1, des sessions de 30 minutes le matin, les après-midis, avec son club de 16h à 18h, à Pirae.

Un mode de vie healthy

Depuis 6 mois maintenant, il a arrêté la viande rouge. Tous les vendredis soir, il a son petit rituel, une pizza entière avant les courses.

« À la base, je voulais devenir vegan. Cela n’empêche pas certains sportifs comme Cédric Wane ou encore Kelly Slater d’obtenir d’excellents résultats sportifs. Je suis sensible aux conditions d’élevage des animaux. Je mange beaucoup de légumes, de la viande blanche et des œufs et du poisson encore. Il faut y aller petit à petit. »

Les pieds dans l’eau, Manutea est bien conscient d’habiter un petit paradis. Avec un motu en face de chez lui, la passe pour aller surfer, il aime cette sensation de liberté. Se dépasser, repousser toujours un peu plus ses limites, il y a pris goût.

« Quand tu rames, c’est 50% toi et 50% la mer. Il faut travailler avec les éléments pour faire au mieux. La puissance n’intervient plus trop quand c’est le surf. Il faut le feeling, c’est ce qui fait toute la différence, le feeling. Sentir l’eau, ne faire plus qu’un avec elle. »

Cette osmose, cette connexion avec la nature, un choix de vie pour ce jeune sportif qui n’a pas encore fini de nous surprendre.

« L’important, c’est de faire ce que l’on aime, de le faire bien et de ne jamais abandonner. Always Have Fun, Stay Focus on your goal, and never give up1. »

1 Amuse-toi, Reste concentré sur ton objectif, et n’abandonne jamais.

Tehina de la Motte
Rédactrice web

© Photos : Manutea Millon, Raihei Tapeta, Lemaire.pix, Va’a News

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