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Heiarii Maite, jockey de Rurutu !

Publié le 5 juillet 2019

Les festivités du Heiva sont officiellement ouvertes ! En plus du chant, la danse, la musique, le va’a, les sports traditionnels et les activités culturelles, il faut également compter la mythique Course en Pareu de l’hippodrome, une course unique au monde. C’était autrefois un événement majeur, qui rassemblait l’ensemble des propriétaires terriens, éleveurs et fermiers de l’île autour de joutes sur la plage de Fautaua. A Pirae, ce 14 juillet, cette tradition vielle des années 1950 sera de la fête. Parmi les jockeys courageux qui se livreront bataille en pareu, à cru, ornés de couronnes de fleurs et pieds nus, on y verra Heiarii Maite , un athlète de Rurutu. Hommes de Polynésie vous brosse son portrait.

UN MECANICIEN, BOULANGER…JOCKEY

A 19 ans, Heiarii ne s’était jamais imaginé monter un jour à cheval. Sa rencontre avec l’animal s’est faite tardivement et dans un lieu tout à fait improbable à ses yeux : Rurutu. Arrivé sur l’île il y a un peu plus de 4 ans, le jeune homme originaire de Paea y a été envoyé pour intégrer une MFR (Maison familiale et rurale) afin de se réinsérer socialement.

« Au collège de Paea, à l’époque dirigé par le principal Liu, je faisais le têtu. J’étais un délinquant. Et ce principal a préféré que je parte de l’île pour me forger et gagner en maturité. Cela a bien fonctionné. On m’a expédié à Rurutu, où, avec l’agriculture et la boulangerie, j’ai aussi découvert la passion du cheval »

Le coup de foudre est immédiat, et cela a radicalement changé sa vision de la vie. La première chose qu’il apprend, c’est de ne pas tomber. Connaître sa monture a été une étape clé de sa transformation.

« Il faut apprendre à connaître son cheval, ne pas être brutal avec lui, sinon il commence à paniquer et ne sait plus ce qu’il fait. Tu dois rester zen, si tu es stressé tu lui transmets ton stress. »

Le cheval symbolise à ses yeux le rebelle qu’il était avant, « mon premier cheval m’a bien montré cela. Pendant un an je l’ai dressé et j’ai réussi à le changer, parce qu’il avait été un cheval battu. » Son ancien propriétaire avait commencé à le battre alors qu’il n’avait qu’un an.

« C’est vraiment malheureux parce que ces animaux, quand ils naissent, ne savent pas ce qu’ils font. Ils sont comme des enfants, au début ils ne pensent qu’à jouer, ils te mordent, te donnent des coups de sabots pensant naïvement c’est un jeu. Il faut leur apprendre à se contrôler. C’est ce qui s’est passé avec mon dernier cheval qui, à force de trop s’amuser, s’est abimé une patte. »

L’HSITOIRE DU CHEVAL A RURUTU

Au début du 19ème siècle, à une époque où se rendre d’un village à un autre était compliqué, les premiers colons européens avaient dépêché sur l’île les premiers équidés : des purs sangs. Ils devaient servir au transport de matériel et des personnes à l’intérieur de l’île. Mais à leur arrivée, ces grands chevaux d’1m60 à 1m70 au garrot avaient tous péri car leur canot s’était brisé.

Le second arrivage était composé de plus petits gabarits, et une vingtaine de chevaux furent importés avec succès. Depuis, à Rurutu les seuls chevaux que l’on trouve n’excèdent pas les 1m45 au garrot.

LE CHEVAL, CE FIDELE DESTRIER

Grâce au lien qui l’unit à cet animal, Heiarii en apprend autant sur le cheval que sur lui-même. Il apprend à lui parler, à le comprendre, à le rassurer, à le driver, et comprend que battre sa monture c’est courir le risque d’avoir un accident en pleine course. Il a ainsi travaillé sur la technique d’approche qui lui a facilité le dressage.

« Lorsque tu parles à un cheval, il te comprend vraiment. Mais si tu le bâts, à chaque fois qu’il te verra il aura très peur, et c’est comme ça que des accidents peuvent arriver en pleine course. Plus tu lui montres de la douceur, plus il t’écoutera. Je n’ai pas besoin de dire quoi que ce soit à mon cheval, ou lui donner un coup de fouet, je le lâche et il y va. Mon mot à moi c’est HEP BOY ! et il court. »

Lorsque son président de club, Taiatea Tehahe, lui propose de venir courir sur Tahiti pour les festivités du Heiva, Heiarii n’en revient pas. Et quand enfin il foule le sol de l’hippodrome, il est tout de suite fasciné par l’amour que portent les propriétaires à leurs chevaux.

« Cela m’a beaucoup touché, parce qu’à Rurutu, les chevaux n’ont pas de licol. C’est ce que l’on met sur la tête des chevaux. Là-bas ils ont la corde au cou, sont attachés à une barre à mine avec un seau d’eau à leurs pattes, et ils sont déplacés une fois par jour. Certains peuvent rester sous la pluie pendant deux ou trois jours. La plupart de nos chevaux qui sont morts depuis le tout début, sont morts pendus, parce qu’ils sont attachés à un arbre sur des terrains pentus, et une fois qu’il pleut le cheval glisse et ne peut plus se relever. »

A Pirae, Heiarii ne courra pas avec son fidèle destrier resté sur l’île, il montera un cheval qu’il ne connaît pas. Mais cela ne l’inquiète pas outre mesure : « Je commencerai par lui caresser la tête pour le rassurer. Je dois gagner sa confiance. Je dois lui montrer ma douceur. ». 

A la question, peut-on changer de vie après ce qu’il a traversé, Heiarii répond sans détours : « Oui on peut changer de vie, c’est à toi d’en décider. Si tu décides de changer de vie tu y arriveras ! »

A son humble niveau Heiarii tient à adresser ce message à l’attention des jeunes : « Surtout les gars ne lâchez pas, allez de l’avant, ne sombrez pas dans la drogue, arrêtez de vendre vos sticks de paka au bord de la route ce n’est pas le bon chemin à suivre parce que vous aurez beaucoup de difficultés à vous en sortir. Vous allez au-devant de très gros problèmes. Si vous êtes passionnés de voitures – lancez-vous en mécanique, d’animaux – lancez votre élevage, d’agriculture – faites votre propre jardin. Faites le maximum que vous pourrez pour faire ce que vous aimez, mais surtout ne toucher pas aux stup. Je dis ça parce qu’en Aout 2015 j’étais un garçon malveillant et à mon arrivé à Rurutu c’est bien ce dont j’ai pris conscience, et nos parents ne seront pas toujours là pour nous aider. »

LA COURSE EN PAREU

Avec un autre athlète de son île, Heiarii s’alignera sur la course en pareu qui aura lieu ce 14 juillet à L’hippodrome. Une compétition traditionnelle née dans les années 1950 – 1960, dans laquelle cavaliers et montures courent tout deux vers la victoire. Un rendez-vous hippique incontournable à une époque où l’animal était considéré comme un moyen de locomotion, à Tahiti comme dans les îles.

D’ailleurs, pour la petite anecdote, autrefois, pour que l’événement soit une réussite, les propriétaires ne donnaient plus d’herbe à manger aux chevaux afin de préserver les routes des crottins, permettant ainsi aux participants du Défilé de marcher en toute sérénité.

Par le passé il n’y avait pas de grosses voitures, mais de grosses charrettes tractées par des attelages de chevaux. Il n’était pas rare que les grands propriétaires terriens possèdent des élevages de bovins et chevaux. On pouvait en voir à proximité de la laiterie, située non loin de la plage du COMSUP à Arue. Il y avait également des fermes autour de Papeete ou encore à Pirae comme cette ancienne cocoteraie de Pater servant de pâturage à des chevaux.

Aujourd’hui l’animal est toujours aussi fédérateur, avec un public fidèle qui se rend aux compétitions à l’hippodrome. Ses habitués se battent depuis lors pour conserver cet espace où les chevaux peuvent évoluer. Et ce sont eux qui témoignent de cette époque, pas si lointaine et tellement riche d’histoires fantastiques.

Jeanne Phanariotis
Rédactrice web

© Photos : Hommes de Polynésie

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