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Thierry, de la mer à la terre!

Publié le 15 novembre 2018

Le bio a la cote ! Thierry Lison De Loma en sait quelque chose. 3 ans qu’il est à la tête de Vaihuti Fresh. Une exploitation agroécologique lauréate en 2017 du prix national « ferme d’avenir » catégorie « Ultra marines ». Une distinction qui lui vaut aujourd’hui d’être soutenu par le gouvernement de la Polynésie en devenant ferme bio pilote du pays. Hommes de Polynésie est allé à la rencontre de ce chef d’entreprise.

« Cultiver bio, c’est mieux manger et vieillir mieux ! »

OCEANOGRAPHE A AGRICULTEUR

Pour discuter bio avec Thierry, il faut d’abord parler océan. Car avant de mettre les mains dans la terre, il en a d’abord prélevé sur le récif coralien qui borde les îles hautes. Thierry était pendant 12 ans, océanographe au CRIOBE.

« J’étais Directeur-Adjoint de l’Institut des Récifs coraliens du Pacifique et c’est la passion de l’océan qui m’a amené à l’agriculture bio. En fait j’étais chargé de tout le suivi environnemental des récifs coraliens dans le Pacifique sud. J’ai pas mal voyagé dans la région, de Pitcairn aux Samoa, et partout c’est la même problématique : le récif coralien du bord de mer subit de fortes dégradations essentiellement dûes aux polluants et à la sédimentation. Donc en gros ce sont les particules de terre qui viennent se poser sur les coraux et les tuent. »

Parmi les responsables, l’agriculture conventionnelle qui perd ses sols. Thierry ne veut plus être le témoin passif de cette destruction, alors au grands maux les grands remèdes, il crée une ferme bio à Raiatea.

« Avec trois autres amis, Paul Beaumont, Santiago Aguerre et Didier Gralepois, nous avons lancé Vaihuti Fresh. Un projet dont le but est de produire à la fois des fruits et des légumes bons pour la santé, pour les personnes autour de nous mais aussi avec de bonnes pratiques pour l’environnement et qui permettent de protéger nos récifs. » 

LA SCIENCE AU SERVICE DU BIO

C’est ainsi que l’île sacrée se dote en 2015 d’une ferme agroécologique. 10 hectares, non négligeable pour du maraîchage à Raiatea, où poussent bananes, papayes, taro, tarua, manioc, patates douces, tomates, poivrons, aubergines, haricot verts, haricots ailés, piments, okra, chou Kanak, menthe, basilic, baselle, radis blanc, radis rouges et Palmiers açai.

« Nous pratiquons la permaculture, qui est plus une approche de design d’exploitation ou d’écosystèmes pour produire durablement. Pour être plus clair, la plante se retrouve dans un sol fertile où il y a de la vie, c’est-à-dire des bactéries, des vers de terre, des champignons. Elle est donc naturellement en bonne santé et se fera moins attaquer par les prédateurs de culture. Elle va mieux pousser et aura un meilleur environnement. »

Le concept est si bien encadré qu’il récolte en 2017 le titre de « ferme d’avenir » sur l’ensemble des territoires français d’outre-mer et une enveloppe de 5000 euros.

« Cela m’a permis d’aller en France faire une conférence sur le bio au Sénat. C’était la première fois au Sénat qu’on entendait parler de permaculture. Cette année on passe « ferme pilote » du pays avec donc des appuis financiers qui vont permettre de développer la filière. »

Et comme un succès n’arrive jamais seul, la ferme prévoit la construction d’un entrepôt de stockage et de conditionnement avec également des acquisitions de matériels.

« Nous nous sommes équipés en serres, et mécanisés, parce qu’en bio malgré tout il faut se mécaniser en faisant très attention aux sols pour ne pas perturber trop en profondeur. En parallèle à ça, le pays fait beaucoup d’effort sur la filière bio en mettant l’accent sur des aides mais également de la formation. Le programme qui a été mis en place il y a 4/5 ans a grandement participé au développement du bio. »

LE BIO UNE FILIERE DE POIDS

Avec l’avènement du Bio, la Polynésie française a entamé son virage depuis les années 1980. A ce jour on recense 273 producteurs bio certifiés pour 1576 hectares de surface de production (sources : Bioagricert / Biofetia).

« Si le marché bio, d’une manière générale, progresse entre 10 à 20% partout dans le monde, en Polynésie on n’a pas vraiment de chiffre. C’est un marché qui est jeune, qui commence depuis 2/3 ans à se solidifier, à se fortifier, il y a plusieurs agriculteurs très sérieux maintenant en bio. »

Si l’on ne peut pas encore quantifier l’impact du mouvement bio au fenua, en revanche on peut désormais retrouver, pour certains producteurs, les produits dans les grandes surfaces. Beaucoup vendent soit au marché soit directement dans des circuits courts. Petite information pratique, le site SPGbio nous renseigne sur la liste des agriculteurs bio de la Polynésie. Avant de nous quitter, Thierry insiste, s’il en était encore besoin, sur l’obligation que nous avons de changer nos habitudes alimentaires et nos comportements.

« C’est une réalité, on est face à un problème pas seulement local mais global, mais avant d’agir globalement il faut penser et agir localement. On ne peut plus continuer à produire de cette manière-là et je dirai que l’avantage c’est l’attitude et la perception du public, il a vraiment changé, dans le bon sens du terme. »

Jeanne Phanariotis
Rédactrice web

© Photos : Vaihuti Fresh

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