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Société

Mikael Champs, au nom de mon fenua !
danseur classique

Mikael Champs, au nom de mon fenua !

Publié le 27 août 2018

A 28 ans, le danseur classique polynésien intègre le Ballet du théâtre d’Innsbruck en Autriche. Avant SA grande rentrée, il a tenu à venir se ressourcer. Mais contre toute attente ce n’est pas seulement le danseur international qu’Hommes de Polynésie a rencontré, c’est aussi un insulaire engagé. Il veut alerter l’opinion publique sur les effets du changement climatique. Interview.

« C’est vraiment au contact de l’étranger que j’ai pu constater que notre patrimoine écologique et culturel n’était pas assez valorisé. »

Être fier de sa culture

15 ans que je n’avais pas revu Mikael. Je le retrouve à Punaauia. Il arrive sur un vélo électrique. L’enfant prodige me dépasse d’une tête. Même après avoir été déraciné à 14 ans, son cœur d’enfant est resté intact. Un cœur d’homme bat aujourd’hui.

 « Ayant été déraciné aussi jeune, j’ai pris conscience de la valeur de mon identité. Cette identité est très fortement influencée par mes racines, par le fait que je sois polynésien. C’est pour ça que j’ai beaucoup de tendresse pour mon Fenua. C’est ma maison. C’est là d’où je viens et rien de ce que je ferai dans le futur, rien de ce que j’ai fait dans mon passé, ne peut changer ça. C’est un amour inconditionnel. »

Une étoile polynésienne

Vous ne le connaissez peut-être pas mais cet ancien élève du centre de danse Tschan a fait carrière dans la danse.  Diplômé de l’École de danse de l’Opéra de Paris il a un CV où figure le Ballet de Nice, le Ballet Víctor Ullate à Madrid, le Ballet du Théâtre National de Cottbus et le Ballet de Leipzig en Allemagne, et bientôt le Ballet du Théâtre Régional de Tyrol, à Innsbruck en Autriche. Avec les enseignes vont les enseignants. Il se forme auprès de chorégraphes de renom. Mais lorsqu’il revient au Fenua, il a le même rituel : absorber la beauté du paysage, le mana, la nature.

« En Europe j’ai vraiment constaté que les gens sont beaucoup plus sensibilisés au mouvement vert, au mouvement écologique. Mais malgré tout, le fait de sortir de son mode de confort freine un certain nombre. Se réadapter n’est pas évident ! J’ai vraiment envie de croire en cette prise de conscience, j’ai envie de croire en cet amour qu’ont les gens pour leur Fenua, sa nature, ses vallées, ses lagons, ses grottes. C’est ce qui va les pousser à aller plus loin. »

La vie blesse pour mieux guérir

En Espagne, une blessure l’oblige à faire une pause. Une pause qui l’ouvre à d’autres arts comme le théâtre et qui lui permet d’être remarqué par un réalisateur. Ce dernier tourne un documentaire sur le changement climatique avec un volet sur la montée des eaux. Mikael est le témoin idéal : danseur, artiste qui a voyagé, jeune tahitien, originaire d’une île…

« Notre vie tourne autour du lagon, c’est notre patrimoine. Prenons l’exemple de TEAHUPOO. C’est la vague numéro un mais elle dépend du récif. Si le récif meurt qu’est-ce que va devenir cette vague dans le patrimoine mondial ? La vague de Tahiti pourrait disparaître… Ça me donne envie de profiter de cette ressource naturelle, de la protéger le plus possible, de me battre pour donner cette conscience aux gens ! »

Perdre sa maison c’est perdre sa culture

A son humble niveau il a déjà fait des sacrifices, notamment dans sa façon de manger. Il est devenu végétarien alors qu’il aime la viande. L’industrie agroalimentaire est le premier secteur d’activité le plus polluant devant le secteur du transport. On peut se sentir plus ou moins proche de la nature, mais il espère que l’on n’a pas perdu notre empathie vis-à-vis de l’humain. La montée de l’océan est en marche, mais on peut la ralentir par des actions quotidiennes… un ambassadeur est né :

« J’ai réalisé que tout ce qui nous arrive a une raison d’être. On ne peut pas aller plus vite que la vitesse à laquelle on va déjà ! On ne peut pas griller les étapes, même si on a envie d’aller toujours plus loin, toujours plus vite. On est juste à sa place. On peut simplement admirer les gens et s’inspirer d’eux, ne pas les envier. Il faut trouver sa propre personnalité et avancer seul. Avoir confiance en soi. Notre île est magnifique et j’aimerais que les gens puissent la chérir encore plus, lui donner la véritable valeur qu’elle a. »

Jeanne Phanariotis
Rédactrice web

© Photos : Maik Lagodzki, Marlies Kross, David Eloffer

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