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JPP, joueur d'échecs - Hommes de Polynésie
éducation

JPP, joueur d’échecs, mais pas que

Publié le 28 décembre 2017

« Au Moyen Âge, une façon d’aborder une princesse, c’est de lui proposer une partie d’échecs. Se faire courtiser sur un échiquier, tester les pouvoirs réciproques de l’un et de l’autre, c’est drôle. » 

Jean Pierre Cayrou, alias JPP, est bien connu en Polynésie, surtout chez nos chères têtes brunes. Chaque année, c’est une centaine d’établissements et quelque dix mille enfants qui sont sensibilisés aux échecs. Président de l’association Peremana depuis sa création il y a 9 ans, il œuvre à la promotion et au développement de la pratique et de l’enseignement du jeu d’échecs en milieu scolaire. Hommes de Polynésie l’a rencontré.

La musique m'a amenée ici

Cela fait 27 ans que JPP est arrivé en Polynésie, comme musicien militaire, un peu par hasard :

« Je n’avais pas choisi, on m’a dit : c’est ça ou l’Allemagne. Je ne savais même pas où c’était Tahiti. »

Très vite, on est venu le chercher pour jouer dans le civil. Un musicien qui joue du trombone, avec une formation classique et une expérience de quatre ans de jazz en France, cela ne court pas les rues. JPP ajoute : « c’était ma passion ».

Aujourd’hui, revenu à ses premières amours, il joue dans un groupe, Mana JAZZ, avec cinq autres musiciens : Samuel Magot, Fred Deruelles, Jeff Benhamza, Augustin Dreyfus et Tavi Castagnoli.

« C’est du grand bonheur. Miles Davis, Coltrane… »

J'ai choisi d'enseigner le jeu d'échecs

Il y a 27 ans, devant le charme, la joie de vivre, JPP vit un véritable bonheur en Polynésie. Faire toutes les îles en tant que formateur d’échecs lui donne l’impression de vivre dans un autre monde avec d’autres valeurs.

« On m’a dit tu ne dureras pas longtemps. J’avais joué un an en Nationale 1 à Bordeaux. Ce n’était pas ma priorité. J’ai créé ma propre structure car je ne savais rien faire d’autre en fait. »

27 ans plus tard, le jeu d’échecs est traduit en tahitien et en marquisien.

« Mes séjours les plus marquants : Rurutu, Takaroa et les Marquises. »

Mon but : redonner confiance à des enfants en situation d'échec

Si aujourd’hui beaucoup sont persuadés des effets bénéfiques du jeu d’échecs pour stimuler le sens de la réflexion et de la stratégie chez les petits et les grands, tout le monde n’était pas convaincu de son intérêt pédagogique il y a quelques années.

« Lovaina Ribet, ancienne directrice de l’école Heitama, est la première à m’avoir fait confiance. Le temps lui a donné raison. Nous étions un peu avant-gardistes, à apprendre à jouer sur un échiquier géant dans le temps scolaire au titre d’activité mathématiques et faire de la pédagogie différenciée. »

JPP se rend compte très vite que les polynésiens sont très joueurs, une chance ! Peu à peu, ils s’approprient le jeu comme vecteur de progrès. Le constat est rude aujourd’hui : l’enfant est souvent abandonné au niveau du suivi scolaire. Mais JPP est persuadé que ce jeu est une sorte de « cheval de Troie » pour l’insertion sociale.

« Les cinq dernières années de tournoi scolaire ont été gagnées par l’école de Taimoana. Le jeu d’échecs peut être vecteur de respect et de progrès scolaire. Les enfants qui montrent qu’ils ont des capacités aux échecs, le regard de leur enseignant change et celui de l’élève aussi. »

Les enfants qui réfléchissent ne sont pas des moutons de panurge

Les enfants sont capables de réussir, JPP en est persuadé. Avec l’aide des gens qui le soutiennent dans son combat, les directeurs d’écoles, les conseillers pédagogiques, les enseignants… les choses avancent petit à petit.

« Mon souci a été de partager ma passion. C’est une volonté d’apporter un plus aux enfants. Mon plus grand bonheur aujourd’hui c’est de donner à ceux qui n’ont pas grand-chose une fierté par rapport à une pratique du jeu. »

Donner le sourire à des enfants qui l’avaient perdu, donner la fierté, donner de l’ambition, c’est ce qui fait avancer JPP.

« Les enfants changent leur façon de considérer la vie, ils sont capables d’aller plus loin. »

C’est en quelque sorte une forme de révolution : que l’enfant ne subisse plus son environnement mais qu’il comprenne, se fixe de nouveaux objectifs et ait une nouvelle ouverture.

« On est là pour leur donner une autre perspective, les faire évoluer. »

Sur les quatre premiers coups, JPP me signale qu’il y a 10 milliards de positions possibles. Sur les dix premiers coups, il y en 10 265 possibilités… « Sachant qu’une partie se joue en 20 coups, plus tu progresses, plus tu découvres des domaines que tu ne maîtrises pas. » Les échecs, une école d’humilité…

« Les Échecs, comme la musique ou comme l’amour, ont le pouvoir de rendre les gens heureux. »
disait Siegbert Tarrasch, Grand-Maître d’échecs…

Pour JPP, ceux qui aiment les échecs, aiment la musique. Tout ce qui est logique, harmonieux finalement. Joueur d’échecs, pédagogue, musicien, éducateur, coach, altruiste… JPP a de multiples cordes à son arc. La générosité, le sens du partage, l’envie de faire bouger les choses, une nécessité toute naturelle chez lui.

« Quand tu rencontres les enfants dans les quartiers sensibles, les conditions dans lesquels ils vivent, quelque part, ça te fait mal. C’est vrai, j’ouvre souvent ma bouche, mais cela ne me dérange pas de parler trop fort. Ce qui m’importe c’est que les gens avancent, aient des perspectives. »

Le message de JPP est simple :

« Tu es là pour leur dire qu’ils sont capables de rivaliser avec n’importe qui. La fierté dans le bon sens du terme. C’est important. Pendant un moment de leur vie, ils ont l’impression qu’ils existent réellement et peuvent s’intégrer dans la société avec des horizons nouveaux. »

Tehina de la Motte
Rédactrice web

© Photos : Hommes de Polynésie et Jean Pierre Cayrou

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