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Portrait

Thierry Hars, ou comment le fenua s’est mis au haut-débit

Publié le 19 octobre 2019

En 2019, consulter ses mails sous un cocotier à Fakarava est un luxe devenu accessible à tous ! Un Paradis digital né d’esprits inventifs, animé par l’idée de connecter la Polynésie au reste du monde. Une connectivité généralisée conçue, testée et déployée par l’Office des Postes et Télécommunication.  Hommes de Polynésie a eu le privilège de rencontrer un de ses plus brillants esprits, qui a contribué à la révolution numérique du territoire. Voici la passionnante histoire de la route du câble « Honotua», par Thierry Hars.

Né au Vietnam

C’est un homme discret, svelte, au teint bruni, le regard et le sourire sage et bienveillant que nous nous apprêtons à écouter. Un Hôte de marque, puisqu’il s’agit du jeune retraité Thierry Hars, 62 ans, ex-cadre supérieur de l’Office des Postes et Télécommunication.

Présenté comme ça, il a l’air impressionnant… et c’est le cas. Ce marin dans la vie totalise 42 ans de carrière à l’OPT.  Quatre décennies d’histoire, de défis, de découvertes et de souvenirs impérissables. Un conteur humble et généreux, véritable livre d’histoire de l’ère Honotua, à feuilleter sans modération !

Bien que typé Polynésien, c’est au Vietnam que ce métis franco-cambodgien prend son premier souffle. Il fait ses premiers pas sur un autre caillou, la Nouvelle-Calédonie, avant le grand départ à 6 ans pour sa terre d’adoption, Tahiti.

« Je me sens parfois plus Polynésien que certains Polynésiens » !

 

La saga réseau de télécommunication

Adolescent, Thierry suit des études en électricité, mais l’obligation militaire le fait partir en Métropole. A son retour, son cursus séduit les recruteurs de l’Office d’Etat des Postes et Télécommunications de la Polynésie Française, qui l’intègrent à leurs équipes. Le voici à 20 ans promu concepteur de réseaux !

« Je gérais tout ce qui est câbles, distribution et transport ».

La consigne ? Utiliser l’existant – à une époque où l’office n’était pas encore un EPIC 1 et France Télécom 2 le patron. La 1ère décennie, de 1978 à 1987, est celle du déploiement du réseau de Télécommunication.

Thierry nous raconte que la première étape a été la connexion souterraine de la capitale aux zones prioritaires et industrielles ; que par soucis d’économie, l’OPT signe un accord avec EDT pour se brancher aux poteaux électriques existants ; que pour faire suite aux vieux réseaux installés par des Néo-Zélandais et l’Armée, des kilomètres de fils sont tirés sur l’ensemble des îles habitées de la Polynésie … « Je n’ai jamais calculé, mais cela fait beaucoup. ».

Son regard brille en évoquant cette période, où le matériel était acheminé par bateau, puis récupéré en pirogue avant d’être déchargé sur la plage.

« Sur la terre ferme, les chevaux prenaient le relais et on restait souvent un à deux mois sur place. »

Pour que le déploiement de ce réseau de cuivre, tuyaux et fils se fasse dans les normes, Thierry se rend régulièrement en métropole à la maison mère, France Télécom, se forme à l’ingénierie en réseau et s’initie … à la fibre optique. Nous sommes en 1990.

1996 : les prémices de la fibre optique

La fibre optique, outil militaire à l’origine, était déjà utilisée à Tahiti pour relier entre eux les centres de Télécom. Elle se présente comme un câble, pas plus gros qu’un doigt, permettant d’alimenter 64 abonnés en même temps grâce à un procédé de « miroirs réfléchissants ».

Malgré une étude de faisabilité en 2001, l’idée d’étendre le réseau pour un usage domestique n’est pas encore dans les esprits. Les satellites gravitant dans notre espace aérien suffisent au pays, qui paye très cher la location annuelle pour une couverture en téléphonie (90%) et un nouveau venu dans les foyers…Internet, avec des débits de 84 kb /sec.

« C’était l’époque du Minitel. »

Progressivement l’installation d’un câble sous-marin reliant la Polynésie Française à Hawaï fait son chemin. On pèse le pour et le contre, et l’OPT se rend à l’évidence : l’option du câble présente le double avantage du prix et de la durée de vie.

Le projet est lancé, et même le « Taui » de 2004 avec le changement de gouvernement ne l’affecteront pas. La voie hawaïenne est à l’étude, avec une branche à Raiatea et une autre aux Marquises, et les appels d’offres sont ouverts.

3 ans plus tard, en 2007, Thierry et sa connaissance de la mer sont sollicités pour la conduite du projet. « Plonger dans la passe de Huahine pour tracer la route avec les courants, tu ne l’apprends pas à l’école ! »

Il ne lui a pas fallu longtemps pour réagir sur la trajectoire prévue de la fibre, suite aux révélations du scannage des fonds marins, impliquant sa modification.

Son analyse est validée par les consultants externes. Le raccordement des Marquises doit être retardé, mais en contrepartie Moorea, Raiatea, Huahine et Bora Bora se verront connectées.  

« L’idée c’est de toujours optimiser pour faire mieux. Résultat : le coût du projet est passé de 12 à 9 milliards, en desservant plus d’îles ! »

La route du câble

Du relevé topographique au choix du constructeur, le projet Honotua mobilise 5 personnes localement auxquelles s’ajoutent des experts internationaux et financiers. Pendant un an, la route du câble est modélisée informatiquement, car sous l’eau le chemin le plus court d’un point à un autre est parfois semé d’embûches, et pas des moindres ! Le câble doit épouser le sol et résister à une pression pouvant aller jusqu’à 5 tonnes. Pour élaborer sa protection, Thierry relève les zones « avec risques d’abrasion ».

« Au fond ce n’est pas tout plat ! Il y a des volcans, et des montagnes de plus de 2000 mètres, plus hautes que l’Orohena ! »

2010, tous les feux sont au vert, Thierry s’apprête à vivre les mois les plus intenses de sa vie. Il embarque à bord du navire qui va dérouler les 4600 kilomètres de câble international et 400 kilomètres de domestique, à une vitesse de 2 nœuds sur un parcours oscillant entre 3 et 5700 mètres de profondeurs abyssales. Les procédures de sécurité et technicité sont scrupuleusement respectées.

 « Pendant 3 mois on a passé H24 devant des écrans.»

Le 2 septembre de la même année, le câble est opérationnel. Se pose alors la question de l’interconnexion. « Et là on est viré ! J’étais devenu un produit du tiroir !». Thierry et ses collaborateurs sont retirés du projet et mis au placard. Retour à la case départ à Arue.

Bien que sur le banc de touche, Thierry cogite. «Il y avait déjà plein de câbles comme l’Australie, la Nouvelle Zélande ou la Nouvelle-Calédonie, et mon idée était d’ouvrir une nouvelle route vers le Chili ! »

En 2012 – 2013, il n’existait pas de connexion entre l’Amérique du Sud et l’Asie. « C’est ce qu’on appelait la missing link ! » mais ce projet n’est pas retenu à ce moment.  On en reparle depuis le début de 2019.

Natitua

Le financier Jean François Martin devient Directeur Général de l’OPT et Thierry lui soumet son analyse pour étendre le réseau domestique.

« Un satellite sur 25 ans va couter 17 milliards à l’OPT, contre 6 milliards pour une nouvelle route du câble ».

En 2016, le projet est validé et dans les tuyaux : Natitua est né avec Manatua (une connexion jusqu’aux Samoa pour sécuriser le câble). Vairani Davio devient le binôme de Thierry, et ensemble ils ouvriront en 2018 Natitua à 20 îles, qui basculeront du satellite au très haut débit par câble et faisceaux hertziens.

« Ce ne sont pas des projets que l’on fait tous les jours, et très honnêtement, une fin de carrière comme ça – on ne peut qu’en être fier ! Il ne faut pas oublier une chose essentielle : on fait du service public. L’OPT est un outil extraordinaire pour le pays. A l’intérieur de cette boite il y a des gens compétents, d’une loyauté et d’un esprit tournés vers leur entreprise, et cela devient rare avec la nouvelle génération, plus individualiste. Ce que je retiens, c’est que le Polynésien reste attaché à son pays, et qu’il est résolument inventif ! Après tout, il a bien ouvert la voie avec la navigation aux étoiles … »

1 Etablissement Public à caractère Industriel et Commercial

2 Aujourd’hui ORANGE

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Jeanne Phanariotis
Rédactrice web

© Photos : Lubomira Ratzova pour Hommes de Polynésie

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