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    Christopher : « Tahiti, je sais que ça veut avancer »

Portrait

sport, santé, culture

Avec Johann : sport, santé, culture sont au programme !

Publié le 13 décembre 2017

Il aime s’occuper des gens, aider et transmettre ses expériences. Il a besoin d’action, de voyages, et vit toujours par monts et par vaux, au gré d’objectifs divers et variés. Tantôt charmeur, tantôt exigeant, mais toujours passionné, Johann Hironui Bouit, que l’on a l’habitude de voir dans le paysage audiovisuel polynésien, est pétri des valeurs qu’il défend : la convivialité, la générosité et le partage, qui font partie de son quotidien, depuis toujours. Pour Hommes de Polynésie, Johann Hironui Bouit se dévoile.

Des études de médecines et une vie sportive intense

Né à Hawaï de parents tahitiens, Johann grandit en Polynésie, et y fera ses classes jusqu’au niveau lycée. Ses parents divorcent, et son père part vivre à Hawaï.

« Je lui ai rendu visite une année. J’y suis resté 20 ans. »

Pratiquant le football américain, la lutte et l’athlétisme, Johann est élu meilleur athlète sportif de l’année de la Pearl City High school, son lycée de Hawaï. Il tente sa chance au plus haut niveau et on lui octroie une bourse sportive au sein de l’équipe universitaire de Hawaï, les « Rainbow Warriors ». À la même époque, ses bonnes notes au lycée lui permettent d’intégrer la faculté de médecine John Burns de l’université de Hawaï. Johann y suit une formation en médecine, durant sept ans :

« J’ai payé mes études en travaillant à l’hôpital dans plusieurs services : laboratoire, urgences, bloc opératoire, en tant qu’assistant en chirurgie et technicien anesthésiste. J’étais aussi voiturier, serveur dans des restos. J’ai suivi deux cycles de médecine, il me restait un cycle pour valider mon diplôme. »

Personnalité sportive de l'année en 2017 lors des Trophées des sports , avec l'équipe de l'année : les Tiki Toa.

Athlète de haut niveau dans la discipline du football américain, capitaine et porte-parole de son équipe devant les médias, premier tahitien à être titulaire d’une équipe de la plus haute division du NCAAoù 118 équipes universitaires évoluent, Johann et son équipe passent souvent à la télévision nationale et remplissent le Aloha Stadium avec plus de 50 000 personnes. En 1992, son équipe remporte le Holiday Bowl et Johann devient une star locale à seulement 20-21 ans.

« Avec les Warriors, on a battu la grande équipe de la côte est et obtenu le titre suprême du championnat universitaire aux États-Unis. On avait en tête : « on est peut-être une petite équipe, mais on va vous rosser ! (sourire) »

Cette année, son ancienne équipe a été reconnue dans le monde du football américain hawaïen comme la meilleure de tous les temps. Une consécration pour Johann qui a pu revoir son ancien entraîneur et ses coéquipiers.

Par la suite, l’équipe d’Atlanta s’approche de lui pour qu’il intègre son équipe professionnelle : « je me suis blessé au pied, ce qui a mis un terme à ma carrière de sportif de haut niveau ».

En 1995, toujours étudiant en médecine, Johann participe aux Jeux du Pacifique organisés à Tahiti, où il s’illustre en athlétisme devant sa famille. Le sport rythme sa vie : multiple champion de Hawaï en athlétisme, kiné et préparateur sportif physique d’athlètes de haut niveau par la suite, le monde du sport ne le quittera jamais. Passionné par tous les sports, il accueille les équipes polynésiennes de va’a à Hawaï pour la course de Molokai. En 2003, lorsqu’il décide de revenir vivre en Polynésie pour s’occuper des affaires de terre de sa mère partie vivre en Suisse, Johann devient journaliste sportif et présentateur sur TNTV jusqu’en 2008. Aujourd’hui, et depuis 2013, il préside la Fédération Tahitienne de Football Américain.

La transmission des valeurs sportives et l’encadrement des jeunes

L’encadrement des jeunes a commencé quand Johann était jeune joueur universitaire de football américain.

« Une copine dans mon ancien lycée avait une mère institutrice qui m’avait demandé de venir parler aux enfants. J’y suis allé. J’ai vu les regards des enfants, attentifs à mes mots, à mon histoire personnelle. J’ai décidé de leur dédier mon prochain match. Nous avons gagné et j’étais l’homme du match.»

 

 Johann a alors l’idée d’organiser avec ses coéquipiers  la visite de la majorité des écoles primaires de l’île de Oahu. Cela leur donne la motivation de bien jouer surtout que leurs visites se déroulent la veille des matchs. 

« C’était une ambiance de communauté que je n’avais pas ressentie pendant longtemps. »

Par la suite, Johann se rend compte de l’impact positif qu’il peut avoir dans la vie des jeunes : « Tu deviens un modèle même si tu ne l’as pas demandé », et encadre tout naturellement de jeunes athlètes pendant des années à Hawaï.

« Je suis au service des autres, ma formation de médecine fait que j’ai toujours envie d’aider les autres. »

Johann devient un « motivational speaker2 », invité dans des centres communautaires, des écoles.

Tournage culturel sur le volcan Kilauea à Hawaï - Cérémonie de reconnaissance pour le championnat de football américain remporté par l'Université en 1992.

Bénévolement, il est aujourd’hui :

  • entraîneur d’athlétisme avec Aorai,
  • l’un des entraîneurs du Centre de Performance de la Fédération Polynésienne d’Athlétisme où il encadre des jeunes espoirs, juniors, cadets, certains adultes pour les sélections et les déplacements,
  • préparateur physique pour les nageurs de l’OLympique de Pirae (OLP).

« Pour moi, c’est le futur, c’est normal. Cela devient un devoir d’inculquer à la nouvelle génération. Les valeurs du sport sont des valeurs que tu peux utiliser dans ta vie de tous les jours, c’est une bonne école de vie. »

Valeurs que Johann s’efforce de transmettre à la jeune génération

 

  1. Le sentiment d’appartenance à une discipline, une certaine fierté en eux-même : l’activité qu’ils font c’est leur activité.
  2. Le respect, l’humilité : c’est comme ça que tu vas pouvoir apprendre dans la vie. Si tu continues d’apprendre jusqu’à ce que tu sois vieux, c’est une vie magnifique.
  3. Le travail, la discipline, l’engagement, la persévérance.
  4. La joie : les relations que tu entretiens avec ton activité sportive sont importantes.

Un ancrage dans la culture polynésienne

Avec plusieurs cordes à son arc, producteur et consultant, Johann travaille avec la direction de la Santé et supervise un projet novateur qui mêle bien-être et ancrage culturel.

« La culture donne le fondement de tes valeurs. Quand on fait un sport, on oublie qui on est des fois quand la gloire arrive. Si tu n’as pas de lien avec ta culture, tu peux te perdre. »

Cette activité lui permet d’utiliser certaines compétences acquises.

« J’ai toute une expérience en médecine qui n’est malheureusement pas reconnue ici dans nos hôpitaux. J’étais un peu déçu à l’époque quand je suis rentré de Hawaï, mais aujourd’hui, je reviens à mes origines. Je mets en place un programme pilote de bien-être basé sur de bonnes relations avec la nature et notre entourage ».

Pour Johann, prescrire du sport pour la santé n’est pas suffisant. Il faut selon lui un véritable ancrage culturel qui permettra de rentrer en connexion avec la nature, avec certaines traditions ancestrales, et ainsi mieux comprendre l’importance de mieux s’alimenter : voir les choses dans leur globalité, prendre bien soin de la Terre afin qu’elle prenne bien soin de soi.

« Aujourd’hui, on est en train de revaloriser le le ma’a hotu3 du Fa’a’apu4. Si nous avons tout le temps des problèmes de santé, c’est que nous n’avons pas une bonne relation avec la Nature, notre entourage, et nous-même en premier lieu.»

 

Selon Johann, s’ancrer dans notre culture permet de rentrer en connexion avec la Nature, et cela ne peut que nous apporter des bonnes choses. 

Une émission de santé bientôt à la télé

Membre des associations Haururu5 et Faafaite6, qui lui ont permis, selon lui, de dépasser la partie folklore de sa culture, Johann est aussi guide culturel, conférencier sur des paquebots tel que l’Ara Nui. 

« J’organise des tours culturels quatre à cinq fois par an, pour des groupes privés et des universités américaines de Washington, de Californie et d’Hawaï. À Tahiti on est figé sur le tourisme lune de miel… Notre culture est tellement riche, il faut la mettre en valeur ! »

Il organise des visites dans les îles à parler du Rahui7, de la connaissance des Marae8 à Fare Hape9, d’astronomie et de météorologie sur la pirogue de Faafaite… Il y a tellement à faire selon Johann.

Tout naturellement, il intervient aussi une fois par mois dans les deux écoles primaires de Ori Teitei et de Toahotu devant neuf classes différentes pour leur parler de culture. Avec d’autres, il a pour projet de monter une fondation pour financer des projets culturels, dont celui de créer un centre d’immersion culturelle dans la vallée de Papenoo, ou bien de construire des pirogues à voile traditionnelles pour les écoles…

Aujourd’hui entouré de deux collaborateurs, Johann prend ça comme un signe de maturité en ne faisant plus cavalier seul. « Tu comprends, j’ai gaspillé beaucoup de temps à cause de l’égo, on ne se remet jamais assez en question. » Ses expériences lui permettent d’apprendre encore tous les jours. Apprendre, transmettre : tout un art de vivre pour Yohann !

1 National Athletic Collegiate Association, association sportive américaine organisant les programmes sportifs de nombreuses grandes écoles et universités aux États-Unis. (Source : Wikipédia)

2 Conférencier inspirant.

3 Fruits.

4 Plantations

5 Association pour la protection, l’aménagement et le développement de Papenoo.

6 Association dont l’objectif est d’aider au renouveau de la navigation ancestrale, sans instrument. Son principal atout : le va’a tipaerua (pirogue double à voile) “Faafaite”.

7 Prohibition, restriction sur des terres, porcs, fruits, etc… (Source : dictionnaire tahitien en ligne)

8 Plate-forme construite en pierres sèches et où se déroulait le culte ancien, associé souvent à des cérémonies à caractère social ou politique. (Source : dictionnaire tahitien en ligne).

9 Lieu historique de Papenoo.

Tehina de la Motte
Rédactrice web

© Photos : Johann Hironui Bouit

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