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    Aux Marquises, avec Orens, dans l’épicerie du bout du monde

Portrait

Aux Marquises, avec Orens, dans l’épicerie du bout du monde
parcours de vie

Aux Marquises, avec Orens, dans l’épicerie du bout du monde

Publié le 24 avril 2018

Né à Atuona, Orens Tehaamoana arrive à Puamau sur l’île de Hiva-oa aux Iles Marquises, à 4 ans. Cela fait 72 ans qu’il vit dans le village où il fait figure de doyen… Mais il ne l’est pas vraiment insiste-t-il du haut de ses 76 ans, deux personnes sont devant lui dans la lignée des anciens de la commune, une notion essentielle pour qui veut comprendre l’organisation de la société marquisienne où le savoir est transmis par les tuhuna1, les représentants de la sagesse.

Une vie dédiée à son village

S’il est né à Atuona, Orens s’estime de Puamau. Arrivé à 4 ans dans ce village isolé de l’île d’Hiva Oa, il a passé sa vie au creux de ses montagnes sacrées. Marié à une « femme d’ici », la petite-fille de Gauguin, il a eu trois enfants qui lui ont donné des petits-enfants et des arrière-petits-enfants dont plusieurs ont assumé des fonctions de tavana2. Il comprend le français qu’il marmonne gentiment. Son visage s’éclaire dès qu’il s’exprime en marquisien, sa langue est sa fierté.

« J’ai grandi ici sans électricité. On s’éclairait au gaz. À l’époque, les choses avaient plus de valeur. Le temps avait plus de valeur… Avec l’électricité, tout va vite et tout coûte cher. »

S’il reconnaît que l’électricité est un atout pour son métier, il apprécie la modernité des services comme recevoir son SMS avec le montant de sa facture car ça l’aide à gérer ses dépenses.

« C’est clair, c’est simple et c’est pratique. Je règle les factures pour cinq familles alors avec ce service d’EDT, je peux mieux anticiper. »

Capable de donner en détails les dates d’arrivée des différents commerces qui se sont installés dans sa vallée, il fait office de place centrale du village. Sur les bancs devant son magasin se retrouvent les villageois qui discutent autour d’un jus ou d’une bière. Derrière son comptoir, Orens tient son cahier avec rigueur.

« Ici, c’est l’épicerie du bout du monde… Et pour moi, c’est important de montrer aux jeunes, la valeur du travail. »

Encourager le travail, la patience et la persévérance

Orens est d’origine chinoise. Son grand-père était chinois et sa maman marquisienne. Il est fier de rappeler qu’il fait partie des descendants des Chinois qui ont été « importés » en Polynésie, son grand père était le numéro 3412 qui a vécu dans le quartier « chinois » d’Atuona. Pour lui, il lui a légué l’importance du travail.

« Je pousse les jeunes à travailler le coprah car ça créé de la valeur à l’échelle locale. À l’époque, le coprah était vendu 6 francs et aujourd’hui, il est vendu 140 francs. En travaillant, les jeunes apprennent la valeur des choses… Tant que je pourrais travailler, je travaillerai car tant qu’il y a du travail, il y a de la vie. »

Conscient de son rôle pour sa famille, c’est son épicerie qui a permis d’offrir du confort et d’ouvrir des possibilités à ses enfants, il affectionne aussi son métier.

« J’aime le contact avec les gens, j’aime écouter les conversations, j’aime faire le suivi de mon stock… Et surtout, j’aime partager ma passion pour les fleurs. »

Regarder le temps là où il est

Orens sort dans le petit jardin qu’il a créé devant sa boutique. Des caramboles flirtent avec des hibiscus. Lui qui aime particulièrement les roses, adore cultiver les fleurs qui lui enseignent la beauté de la persévérance et de la nature.

« Avec la télévision, les rapports ont tellement changé. C’est vrai qu’on a accès à une information qu’on avait pas avant… Mais je trouve que maintenant, les jeunes sont plus perdus. Ils se droguent, ils ont des copains et des copines au collège et ils sont toujours occupés par leur téléphone. À force d’être pressés, ils oublient l’importance qu’il y a à apprendre. »

Préoccupé par les valeurs qu’il transmet autour de lui, son regard translucide brille au souvenir de celles que lui ont transmises ses parents et grands-parents. 

« Ils m’ont appris l’importance des échanges avec les gens autour de soi, de l’éducation du travail… Je crois que si je devais transmettre une seule chose, ce serait de mettre en avant les valeurs qui font que nous sommes une société, que nous sommes là pour vivre ensemble et pour apprendre à se respecter les uns et les autres… Et ça, ça s’apprend en donnant du temps à l’autre. »

1 Ancêtres
2 Principal chef de district

Céline Hervé Bazin
Rédactrice web

© Photos : Céline Hervé Bazin

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