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Évasion

Stéphane, photographe - Hommes de Polynésie
photographe

Stéphane, dans l’objectif d’Hommes de Polynésie

Publié le 15 janvier 2018

« Ce qui m’intéresse dans la photo, c’est la prise de vue jusqu’à la publication. Après une séance photo, je suis comme un chercheur d’or qui secoue son tamis à la recherche d’une pépite. Quelle joie de découvrir un cliché qui véhicule une émotion ! C’est une pierre brute que je vais tailler. Cela fait partie de ma démarche artistique. » 

Stéphane Mailion est né à Tahiti il y a 40 ans, et y a grandi jusqu’à son bac. Après six années d’études à Paris, il s’envole à Buenos Aires pendant 2 ans. De retour à Paris, il débute sa carrière chez Nestlé en tant que chef de produit. En 2005, une belle opportunité professionnelle s’offre à lui à Tahiti : le poste de directeur marketing chez Nestlé Polynésie.

« J’adore mon pays, ma nature, ma culture, et ça me manquait énormément. Participer aux spectacles de l’AEPF Paris, danser, faire la bringue parfois, cela m’a permis de rester en contact avec cette joie de vivre polynésienne. »

En 2008 Stéphane accepte le poste de directeur de la société. C’est un gros challenge à relever en même temps que la naissance de son premier enfant. « C’était un peu le baptême du feu, mais très formateur et une chance incroyable de progresser. » Aujourd’hui, cela fait dix ans que Stéphane occupe ce poste. Hommes de Polynésie l’a rencontré, et c’est en toute simplicité qu’il nous raconte sa passion pour la photographie.

Ses débuts dans la photographie

Mon père est photographe, Alain Mailion de Photo Gauguin, spécialisé dans les photos de classes. Il y a toujours eu des appareils à la maison. Depuis l’adolescence, je prends des photos, certainement une « passion héréditaire » !…

J’ai eu de la chance, j’ai pu bénéficier des conseils de mon père et lui emprunter  du matériel pour débuter. Cela a été un facteur qui m’a aidé. Mon père m’a soutenu dans ma démarche. Après, j’ai fait beaucoup d’apprentissage sur internet, il y a plein de tutoriels. Pratiquer et s’entraîner, il n’y a pas de secret. Ce qui est génial avec le numérique, tu peux te corriger immédiatement. Tu n’es pas obligé d’attendre le développement de la pellicule comme au temps de l’argentique.

Avec Céline, ma femme, quand on est partis vivre en Argentine, j’ai investi dans un réflex, un appareil d’entrée de gamme, grand public. Cela a été mon appareil jusqu’à la révolution numérique. Avec l’arrivée de ma petite fille, j’ai voulu immortaliser ce moment avec un premier réflex numérique, un NIKON D 90. J’ai commencé à travailler un peu plus ma composition. Je ne maîtrisais pas la partie technique. Les photos de famille et de vacances défilaient dans mon objectif. Avant 2013, je partageais des photos de paysages juste dans le cadre familial. Tant que je ne me sentais pas prêt, je ne voulais pas les montrer à d’autres.

C’est vers fin 2013, après avoir constitué une photothèque que j’estimais enfin convenable, que je me suis décidé à partager mes clichés en m’appuyant sur Facebook.

2014 : une année charnière, le Heiva

Le ori tahiti1 m’a toujours plu. J’ai toujours rêvé de pouvoir danser au heiva2. Hélas, cela demande trop de disponibilité. Prendre des photos du heiva, c’est une façon de réaliser ce rêve autrement.

En 2014, j’ai pu commencer mon aventure photographique au Heiva en intégrant le groupe de photographes de Fabien CHIN. Il m’a laissé une totale liberté d’action et ça m’a plu. Un vrai marathon photo. J’ai assuré environ 80% des soirées, ça a été génialissime. Laborieux aussi, avec beaucoup de travail. On commence à 19h, finit vers 23h, plus de quatre heures assis par terre à porter un appareil photo et téléobjectif qui pèsent 2-3 kg (sourires). 

C’est éprouvant mais tellement génial d’être au cœur de l’action. On a l’impression de rentrer dans le spectacle, ça donne un point de vue différent. Voir des émotions, les détails des costumes, le coquillage placé là et là ! Ça ne se voit pas pour le public, et pourtant, les danseurs ont passé des nuits blanches à confectionner leur œuvre d’art. Capturer des moments d’émotion, un geste, une attitude : il y a une récompense pour tous ces efforts !

De belles photos, et pouvoir les partager. Voir qu’au-delà des frontières de la Polynésie, c’est vu et partagé. Par le Japon, le Mexique… C’est modeste et minuscule mais montrer cette Polynésie que j’aime tant, contribuer à mon échelle à promouvoir notre culture, cela me plaît.  J’aime l’idée que la culture polynésienne puisse rayonner et donner envie aux gens de venir en Polynésie pour ressentir ce « mana3 ».

Des photos de styles différents

Le Heiva i Tahiti

Le heiva, c’est un exercice difficile. Tu ne maîtrises aucun paramètre. Les photos sont prises sur le vif, spontanées. On ne connait pas le spectacle, on ne dirige ni le sujet, ni la lumière, ni la vitesse à laquelle les sujets évoluent. Prendre des photos en mode automatique ? Pas possible. Là, j’ai vraiment dû travailler en manuel sur tous les paramètres et apprendre à réagir très vite pour ne pas rater l’action. J’ai progressé de façon exponentielle avec le Heiva.

Les concerts

De fil en aiguille, j’ai eu besoin de faire d’autres photos. Des photos de spectacles, de concerts. Pour Johnny Hallyday, Sonia Aline m’a donné carte blanche. J’ai découvert le côté « bête de scène » de Johnny, mais aussi son équipe de musiciens : un harmoniciste incroyable, un virtuose de la guitare  très expressif. J’ai aussi pu photographier UB40, Bob Sinclar, Fréro Delavega, Ben Harper, Christophe Mae, Naive New Beaters… Cela reste le même type de photo que le heiva, il faut saisir l’instant.  

Maternité

J’ai eu envie de me lancer d’autres défis et passer à des photos où tu prends le temps d’échanger avec ton sujet, où tu travailles ta composition. Je me suis lancé dans les photos de maternité. Les photos sont plus posées et le travail de la lumière naturelle ou artificielle est un nouveau défi technique.

Nouveaux nés

Après les photos de grossesse sont venues les photos de nouveaux-nés, un tout autre challenge. Le bébé, il fait ce qu’il veut quand il veut ! Heureusement, j’ai de la chance de m’appuyer sur Céline qui dirige le côté artistique et s’occupe des mannequins en herbe.

Animaux et paysages

Pour les photos d’animaux et de paysages : il faut être au bon endroit au bon moment. Il faut de la chance également, et pour la provoquer il faut se lever tôt et se coucher tard : la meilleure lumière est au lever du jour et à la tombée de la nuit.

Les photos de voie lactée et de nuit sont des exercices qui demandent du temps. Cadrer et faire la mise au point quand tu ne vois rien, c’est pas évident, surtout à 1h du matin quand la fatigue se fait sentir. L’idéal, pour avoir la voie lactée c’est de ne pas avoir de lune. Mais il y a encore moins de lumière et tu galères (sourires). Beaucoup de travail à tâtons. Pour obtenir une belle photo de nuit étoilée, j’ai pu passer une heure pour trouver la bonne vitesse, la bonne composition, la bonne ouverture…

Prochains défis

La créatrice de « Made by Jenny » m’a contacté pour les photos de sa nouvelle collection de colliers et boucles d’oreilles. C’est ma première expérience dans les photos de mode et ça m’a beaucoup plu, je compte bien poursuivre. J’aimerais également faire des photos de cuisine gastronomique. Chaque type de photo amène des défis qui permettent de ne pas s’ennuyer et continuer à apprendre, progresser.

La photographie pour s'évader

Certains jouent au golf, font du va’a4 ou de la musique, pour moi la photo c’est mon passe-temps, ma passion, pour m’aérer l’esprit, exprimer ma créativité et relâcher la pression.

C’est un monde qui me permet de faire des rencontres d’autres horizons et de catégories sociales différentes. Partir avec Tahiti Ora au Japon en 2014, c’était incroyable. Le bémol est que je dors moins ! Durant le Hura Tapairu et le Heiva, je vais me réveiller à 4 ou 5h du matin et avancer sur mes photos avant de commencer ma journée de travail. C’est plus fort que moi, j’ai hâte de voir le résultat.

La photographie : s'émerveiller encore et encore

Une des raisons pour lesquelles je fais de la photo est le regard différent que cela m’apporte. Cela me pousse à voir le monde sous des perspectives différentes afin de trouver le cadrage ou la composition que je recherche. Je redécouvre parfois une ville ou un endroit que je connais déjà ou pensais connaitre et cela me permet de continuer à m’émerveiller, me surprendre, de voir parfois de l’extraordinaire dans de l’ordinaire…

On a une chance incroyable on vit dans un pays magnifique, cela donne des opportunités de faire des photos sublimes. Je ne suis certainement pas objectif mais je pense que l’on a la plus belle culture au monde. Je suis content et fier que les polynésiens aient pu se la réapproprier. La culture, c’est ce qui fait notre richesse, ce qui continuera à faire notre différence. Cultivons-la !

Plus d'informations

Sur son site web : www.stephanemailion.com
Sur sa page Facebook : Stephane Mailion Photography
Sur son compte Instagram : Stephanemailion

1 Danse tahitienne
2 Le Heiva est une manifestation annuelle traditionnelle qui a lieu au mois de juillet en Polynésie française. Au cours du Heiva, sont organisés des concours artistiques (chants et danses) et sportifs… (Source : Wikipedia)
3 Le terme mana désigne un concept polynésien que l’on retrouve sous différentes appellations dans d’autres peuples. La notion de mana, fondation de la magie et de la religion, est l’émanation de la puissance spirituelle du groupe et contribue à le rassembler. Le mana est, selon Mauss, créateur de lien social. (Source : Wikipedia)
4 Pirogue/rame polynésienne.

Tehina de la Motte
Rédactrice web

© Photos : Stéphane Mailion

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