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Évasion

Pahi de Nihiru, mécanicien à bord d’un cargo des îles
atoll des tuamotu

Pahi de Nihiru, mécanicien à bord d’un cargo des îles

Publié le 11 avril 2018

Pahi Teriitehau est mécanicien à bord du cargo des îles, le Nukuhau. Il est de l’océan, mais aussi d’un tout petit atoll, Nihiru, un bijou dans l’écrin des Tuamotu. Il travaille en mer et sait qu’un jour il reviendra dans son île peuplée d’une trentaine de personnes, un petit paradis abrité par la solitude.

Au fond du fare1, une femme est assise près du feu. Dans un grand wok elle cuit des firifiri2. Pahi entre. Je suis surprise de le voir. Pahi fait partie de l’équipe de mécaniciens qui ne vont jamais à terre en escale.

« C’est mon île. Tu veux la visiter ? » Il n’attend pas ma réponse.  « Viens ! »

Il saisit deux firifiri au passage, m’en donne un et nous sortons du fare.

Timide, il ne parle pas de lui, mais de ses lectures

Pahi est un homme qui aime lire. Dès nos premières conversations, il me parle de ses lectures. Lorsqu’il a une pause, il vient me parler de tel auteur, tel livre qu’il a aimé. Il me parle de la pensée de l’écrivain, de ses objectifs. Il détaille certains passages.

« J’aime surtout ces livres qui parlent d’animaux, de leur vie, de leurs sentiments, ces livres qui racontent la communication avec le monde animal et de la nature. »

Lorsque je veux le photographier, il baisse les yeux et tourne le visage.

Moments de douceur sans nom

Le firifiri est chaud et léger. Le jour s’est installé dans une beauté de premier matin du monde. Le chant du vent, la voix de l’océan qui cavale sur le récif, et partout la lumière qui court avec le vent sur la mer.

« Nous sommes dans mon île, Nihiru. C’est ici que j’ai grandi. Mais je n’ai pas souvent l’occasion d’y venir. Je suis descendu à terre parce que j’ai envie de te montrer mon île. »

Nous nous laissons envahir par la beauté remarquable de ces instants, beauté d’une douceur sans nom.

Il respire l’air de son île

Pahi retire ses chaussures de marin et nous marchons pieds nus sur le sable blanc encore humide de rosée. Nihiru c’est sa terre natale. Pahi s’arrête souvent. Il respire l’air de son île. Je le vois tantôt fermer les yeux, tantôt regarder au loin, le regard perdu dans un horizon magique et féerique. 

« Quand j’arrêterai de travailler, je reviendrai vivre ici ! »

Le passage du bateau est la seule visite du mois

Il n’y a pas d’école à Nihiru. Il n’y a pas non plus d’infirmerie. Il n’y a ni téléphone, ni réseau internet, ni office des Postes, ni magasin. Les habitants sont seuls au monde, isolés. Le seul contact de Nihiru avec le reste du monde est le passage mensuel du cargo Nukuhau et une antenne parabolique posée sur le sable qui permet d’avoir la télé.

Nous nous approchons d’une maison qui semble ancienne même si elle a été repeinte de rose et de vert.

« C’est notre maison, la maison où j’ai grandi. Ma famille vit là. Mais aujourd’hui tout le monde est sur le quai pour l’arrivée du bateau. »

L’accident en mer

Rien ne laissait prévoir ce que les marins allaient vivre en mer cette nuit-là. La nuit n’est qu’à son début lorsque le Nukuhau est secoué par un choc énorme. Il vibre de toutes parts. Simultanément la sirène hurle deux fois. Une sirène de guerre mondiale qui retentit comme une mauvaise nouvelle. Une baleinière est mise à l’eau.

Très vite, on découvre que le problème se situe au niveau de l’hélice, dans laquelle environ trois à quatre cent mètres de cordes se sont entortillés. La corde est synthétique. Au couteau, le travail semble interminable.

Pahi, le mécanicien, rejoint les autres en sautant directement du pont arrière à l’eau. Il n’attend pas que la baleinière vienne le chercher. Il y a urgence. Il flotte comme un poisson et sait gérer son énergie, il ne fait aucun mouvement inutile. Un être tout en paix.

Le chef mécanicien me dit que vu l’état de l’hélice, ils vont certainement y passer la nuit. Pourtant, à une heure trente du matin, ils ont terminé. Ils ont mis cinq heures à dénouer la corde. Elle est orange et synthétique. On l’étale dans un coin pour l’assureur.

Vers trois heures du matin, lorsque Pahi entre au réfectoire après la douche, il a l’air frais et en forme, comme quelqu’un qui sort d’une salle de fitness. Pahi fait partie de ces Aito3 discrets du Pacifique.

1 Maison
2 Beignet polynésien au lait et à l’eau de coco
3 Guerrier

Rai Chaze
Rédactrice web

© Photos : Rai Chaze

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