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Le Bounty : un héritage historique
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Le Bounty : un héritage historique à préserver et partager

Publié le 5 février 2018

Je rencontre Béni dans sa pension de Papeete, le Fare Suisse : un lieu calme et apaisant où la fraîcheur s’invite. Depuis plusieurs années déjà, Béni est passionné par l’univers du Bounty, célèbre navire dont les aventures se passent en partie en Polynésie. Riche d’anecdotes sur le Capitaine Bligh et son équipage, il m’entraîne dans une épopée fantastique. Avec Hommes de Polynésie, laissez-vous embarquer pour un voyage dans le temps…

Rappel historique : le Bounty

« C’est très important de rappeler l’histoire car la mission du Bounty c’est uniquement d’aller collecter des plants de d’arbres à pain pour les replanter aux Caraïbes et nourrir à bon compte les esclaves. »

Le Capitaine Bligh et son équipage arrivent à Tahiti à bord du Bounty en 1788 et y restent six mois pour préparer des plants de Uru1. Ils repartent ensuite vers l’Australie, le bateau chargé de centaines de pots de plantes. William Bligh est réputé pour être un capitaine strict, et une mutinerie éclate à bord du navire quelques jours après leur départ de Tahiti. Le capitaine est abandonné dans une chaloupe, avec 18 autres hommes et quelques vivres.

L’équipage du Bounty, mené par Fletcher, cherche refuge à Tubuai2 où il reste plusieurs semaines. Mais ses rapports avec la population de l’île ne sont pas bons et engendrent le massacre d’une partie des polynésiens. Les hommes de Fletcher retournent alors à Tahiti.

« C’est là que ça s’est mal passé : ils ont embarqué avec eux des polynésiens sans leur demander leur avis. Il y avait douze femmes à bord et plusieurs hommes. »

Ils quittent alors Tahiti pour partir à la recherche de Pitcairn3, une île dont ils ne connaissent pas l’emplacement exact.

« Ils trouvent finalement ce petit caillou où ils se sont établis. Et quelques jours après, deux des marins ont décidé de brûler le bateau pour ne pas être repéré par un autre navire. Ils se sont rendu compte qu’ils avaient creusé leur tombe car ils n’avaient plus aucun moyen de s’enfuir. »

En parallèle, l’histoire du Capitaine Bligh et de ses hommes continuent. À bord de leur chaloupe, ils parcourent 6700 km en 41 jours et arrivent à Timor, île de l’archipel indonésien, « un exploit extraordinaire ». Par la suite, William Bligh retournera une seconde fois en Polynésie pour finalement réussir sa mission : amener le Uru aux Caraïbes.

« La vie de Bligh est passionnante et quand on connaît toute l’histoire, qui n’est pas racontée dans les films, ça rajoute du piquant ! »

Béni, passionné par l’histoire du célèbre navire

Béni est Suisse et vit depuis douze ans en Polynésie. Il y est venu pour rejoindre sa femme polynésienne, Thérèse, et « créer des projets ». Le premier ? Le Fare Suisse, une pension sur Papeete. Et le deuxième tourne autour de l’histoire du Bounty.

« J’ai entendu une amie de ma femme qui a fait le voyage à Puerto Rico et a vu la réplique du Bounty là-bas, celle du film avec Marlon Brando4. Je me suis dit : l’histoire se passe quand même ici en Polynésie, alors pourquoi cette réplique n’est pas ici ? »

Béni et sa femme se prennent alors de passion pour l’histoire du Bounty et ont envie de s’investir dans un nouveau projet, qui leur tient à cœur.

« J’ai trouvé cette idée excellente alors j’ai cherché un chantier naval. »

Ils le trouvent à Séville, en Espagne, et travaillent ensemble depuis 2012 pour créer une réplique du navire Le Bounty. Aujourd’hui, les plans sont faits et le budget établi. Le couple part en mars visiter le chantier et un appel de fonds est en cours.

L’objectif ? Faire venir le Bounty à Tahiti pour permettre aux passionnés et aux touristes de le visiter autour de plusieurs activités : un restaurant, la possibilité de passer la nuit dans une cabine, des excursions nautiques et un musée.

Béni et Thérèse tiennent à ce projet, même s’ils sentent une certaine réticence de la part de certains à cause de l’histoire associée au Bounty : l’arrivée d’étrangers sur la terre polynésienne. 

« On sent que c’est un sujet sensible mais ça fait partie de notre histoire et on ne peut pas revenir en arrière. Il faut en parler de manière à ne pas oublier. Notre objectif c’est aussi de faire tourner l’économie, embaucher des gens. »

L’univers du Capitaine Bligh et du Bounty

En 2012, Béni crée l’association Bounty Festival Tahiti et a organisé trois festivals depuis, pour sensibiliser la population à l’histoire du Bounty.

« L’histoire du Bounty est riche en botanique, en littérature, c’est l’histoire du cinéma aussi… On n’exploite pas suffisamment cette histoire ici en Polynésie. »

Béni et Thérèse sont en contact avec des scientifiques et des historiens, parfois présents aux festivals lors de conférences. Ils leur permettent également, d’année en année, de compléter leurs connaissances sur le Bounty et sur les histoires qui entourent son univers.  

« Cette année on a invité une étudiante allemande doctorante en Australie qui va exploiter des recherches abandonnées dans les années 70, lorsque des chercheurs ont redécouvert un navire appelé Le Pandora. »

L’Angleterre a envoyé Le Pandora chercher les mutins après la mutinerie, et ce navire s’est échoué sur la grande barrière de corail. Dans les années 70, presque 200 ans après le naufrage, l’épave est retrouvée et un archéologue australien entame des recherches. Il trouve alors une collection d’environ 700 objets polynésiens, dont l’étude est restée en suspens après sa retraite. Cette doctorante reprend donc les recherches avec notamment l’identification des objets retrouvés.

« Depuis 2012, on travaille sur le sujet et c’est comme une pelote de laine, à chaque fois on découvre une nouvelle histoire. »

La raison d’être des festivals, et plus tard de la reproduction grandeur nature du navire, c’est aussi de montrer toutes les facettes de cette aventure avec un but culturel, patrimonial et historique.

« Les descendants sont toujours là aussi, partout dans le monde. C’est ce qui fait que cette histoire est passionnante. L’histoire continue. »

Béni, Thérèse et Maurice Bligh, descendant du Capitaine Bligh

Le Uru : au cœur de l’expédition du Capitaine Bligh

Béni produit de la farine de Uru avec son entreprise Tahiti Uru Factory. Et ce projet vient aussi de sa passion pour le Bounty : il y a 200 ans, le Capitaine Bligh a entamé un périlleux voyage pour récupérer du Uru, notamment pour ses qualités nutritionnelles. Aujourd’hui, peu d’initiatives ont été mises en œuvre pour le valoriser, « alors que c’est le fruit de la Polynésie ».

« Ça tombe, ça gaspille, alors je me suis demandé comment faire ? Et depuis 2012 – 2013, j’ai commencé à produire de la farine de Uru. Maintenant on parle de transformation en chips, en farine, en frites, etc… »

Pain, muffins et autres pâtisseries… Le couple est devenu expert en Uru, dans une démarche de manger mieux et local.

Connaître et préserver son histoire

Pour Béni, il est important d’apprendre sur l’histoire de la Polynésie pour préserver des lieux et des témoignages historiques.

Il nous raconte l’histoire de l’arbre à pain du Capitaine Bligh, à Arue. Planté lors d’une expédition du National Geographic avec un plant de Uru venu des Caraïbes et transporté grâce à la réplique du Bounty utilisée lors du film Les Révoltés du Bounty. Cet arbre, sauvé par un voisin connaissant son histoire, a bien failli être coupé pour permettre l’agrandissement de la route.

« Depuis 2012 on se bat tous les jours, le but c’est de ne pas perdre le cap. »

Béni nous parle aussi de la végétation autour de la cascade de Faaone, dont une partie avait été plantée par Marlon Brando et Tarita5 dans les années 60 et rasée il y a un an et demi. Il évoque également la tortue Te Ara Tau, récemment décédée, qui avait été offerte par le gouverneur de Pennsylvanie à James Norman Hall6, auteur de plusieurs ouvrages sur les aventures du Bounty.  

« Il faut que les gens s’intéressent à leur histoire de manière positive, il faut apprendre et comprendre pour préserver, car la méconnaissance engendre des pertes historiques. »

Pour Béni, l’univers du Bounty est un témoignage de l’histoire qu’il ne faut pas oublier et qu’il faut transmettre, tout comme certains s’intéressent à la danse ou la navigation polynésienne.

« Pour nous qui sommes dans le tourisme, la richesse que l’on a c’est ça : on a une histoire et une culture riche. »

Passionné et intarissable sur le sujet, Béni connaît de nombreux détails sur l’aventure du Capitaine Bligh et du Bounty, et pourrait raconter pendant des heures ces histoires d’un autre temps qui font rêver petits et grands.

Plus d'informations

Sur la page Facebook Bounty Festival Tahiti et sur le site Bounty Tahiti
Pour participer à la campagne de collecte de fonds pour le financement du projet de reconstruction de la réplique du Bounty, c’est par ici !

Et pour contacter Benjamin et Thérèse Huber : + (689) 40 42 00 30 / bounty.tahiti@gmail.com

1 Uru : Fruit de l’arbre à pain, très répandu en Polynésie.
2 Tubuai : île située aux Australes, en Polynésie.
3 Pitcairn : ensemble de quatre îles et seul territoire britannique d’outre-mer dans l’océan Pacifique.
4 Marlon Brando : acteur jouant le rôle de Fletcher dans le film de 1962 Les Révoltés du Bounty. 
5 Tarita : actrice polynésienne, née à Bora Bora, jouant dans le film de 1962 Les Révoltés du Bounty et épouse de Marlon Brando.
6 James Norman Hall : auteur, avec Charles Nordohff, de la trilogie du Bounty : Les révoltés de la Bounty, Dix-neuf hommes contre la mer et Pitcairn.

Camille Lagy
Rédactrice web

© Photos : Bounty Festival Tahiti

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