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Art & Culture

Laurent, le bonheur d’exprimer ses passions - Hommes de Polynésie

Laurent, le bonheur d’exprimer ses passions

Publié le 4 juillet 2018

La voix grave, posée et assurée, Laurent Gavietto, alias Lolo, fait partie de ces jeunes dont on a l’impression qu’ils ont le feu sacré. Rempli d’ardeur et de passion pour sa culture polynésienne découverte sur le tard, son enthousiasme est communicatif. Paysagiste, danseur, tatoueur, il ne compte pas s’arrêter là et songe même à devenir globe-trotter. Hommes de Polynésie l’a rencontré.

Une enfance heureuse

Né à Tahiti il y a 26 ans, entouré de deux sœurs et quatre frères, Laurent est le petit dernier d’une famille de sept enfants.

« Je n’ai manqué de rien. Je suis très chanceux d’avoir une famille généreuse et aimante qui a fait que j’ai reçu la meilleure éducation à mon goût. »

« C’est une bénédiction d’avoir bénéficié de l’expérience de chaque membre de ma famille, tous plus âgés que moi, car ils ont vécu des réussites et des échecs. J’ai envie de continuer cet esprit de famille et de bâtir la mienne un jour. »

Son enfance, c’est dans la nature que Laurent la passe la plupart du temps.

« Entre les montagnes, la plage, la vie déconnectée du temps… Tout est cool ici en Polynésie. C’est un endroit parfait pour élever un enfant. »

Ses parents remarquent assez tôt sa prédisposition pour tout ce qui est manuel.

Une première passion : la conception d'espaces paysagers

« Je n’excellais pas vraiment à l’école. J’ai obtenu mon Bac S au Lycée Paul Gauguin et j’ai passé une année en physique chimie à l’UPF. Ensuite, je suis parti faire mes études au Canada. »

Canada

Pendant quatre ans, de 2012 à 2016, Laurent s’oriente alors vers l’architecture du paysage et passe un deuxième diplôme en horticulture jardinerie.

« C’était super. On était avec nos gants, nos bottes, nos sécateurs, et dès le 1er jour on avait les mains dans la terre. »

Pour Laurent, c’est l’effervescence des années étudiantes, caractérisées par un melting pot et une ouverture d’esprit.

Canada

« Je me suis créé une famille d’amis, que j’ai toujours aujourd’hui. J’ai besoin d’être très entouré mais de plus en plus j’apprécie le fait d’être seul, de passer du temps avec moi-même. »

Une deuxième passion : le tatouage

Fin 2016, au Canada, Laurent tient pour la toute première fois une machine à tatouer.

« C’était étrange, parce que je n’y connaissais strictement rien, mais ça m’était familier. Je suivais un peu mon instinct. »

« J’ai écouté des conseils de personnes du Canada, dont un grand tatoueur, Roonui de Moorea. Un de mes colocs, Tevairei, était un de ses apprentis et est devenu aujourd’hui tatoueur professionnel. »

Laurent baigne dans ce monde sans le vouloir, et décide de se tatouer le pied.

« N’est pas tatoueur qui ne s’est pas tatoué. Patenté, me voilà aujourd’hui tatoueur professionnel depuis un an. Chez moi, dans mon duplex, j’ai un studio de tatouage, mais je suis aussi tatoueur itinérant : je me déplace à domicile avec toutes les conditions d’hygiène. »

Laurent intègre l’association « Polynesia tatau », qui s’occupe des conventions de tatouage ici en Polynésie.

« Le monde du tatouage est particulier : il faut rester visible et ton travail parle de lui-même. »

Son cousin, ami, tatoueur et modèle Teata Vauche est de ceux qui l’ont toujours soutenu.

« Il m’a montré avec grande générosité comment régler une machine, installer une aiguille proprement dans sa buse, orienter dans le type de dessin et quels sont les motifs à maîtriser dans un premier temps. »

« Il m’a montré le chemin. Je n’ai encore jamais eu la chance de tatouer à ses côtés mais il m’a déjà beaucoup transmis. Même dans les moments durs il m’a toujours dit de ne pas lâcher le tatouage. »

Une troisième passion : la culture polynésienne

Fin 2016, ses diplômes en poche, Laurent rentre définitivement au fenua.

« Ça a été assez brutal, assez sec, mais il était temps de rentrer. J’avais construit toute une vie ailleurs et au bout de 4 ans, en revenant au fenua, j’avais l’impression d’avoir perdu mes repères. »

C’est une période noire pour Laurent qui ne sourit plus et voit ses amis et sa famille en souffrir.

« Un peu paumé, je suis tombé dans une période sans couleurs. Une de mes sœurs m’a pris par la peau des fesses et m’a amené dans son groupe de danse alors que j’étais un piètre danseur. C’était la 1ère fois que je faisais un paoti1. »

Et là, c’est un véritable coup de cœur : Laurent renoue avec son pays, ses racines, sa culture.

« Les pehe (percussions) sont venues me prendre aux tripes. Je savais que je venais de découvrir quelque chose d’exceptionnel. »

Au début, c’est compliqué car il faut de la rigueur pour acquérir le rythme, apprendre les pas, puis à chanter et à parler tahitien. Mais Laurent vit sa danse et après quelques mois de répétition, se retrouve au Heiva, sur la place Toata.

« Je sentais mon cœur qui s’accélérait, mais aussi l’énergie du mana2, du tahua3 de cette place. Tu répètes dur pour une heure de magie, pour ta famille, pour tes amis, pour le peuple en entier et pour ta culture afin de la faire vivre. Ça a bouleversé ma vie. »

A 25 ans, Laurent s’est remis en question, a pris du temps pour savoir quel type de vie il avait envie de construire. Aujourd’hui, ses trois passions lui permettent de s’exprimer totalement.

« Quand tu fais les choses avec le cœur, tu communiques énormément. Tu touches les gens, et ça va te forger. »

Pour l’heure, Laurent reste ouvert à l’apprentissage et souhaite rajouter encore plus de cordes à son arc.

« J’ai de bonnes bases, mais je pense partir. Je n’ai ni femme, ni enfant, alors les quatre prochaines années, pourquoi ne pas faire un tour du monde ? J’ai goûté récemment à un voyage en tant que tatoueur, c’est magique ! »

Plus d'informations

1 Mouvement de ciseaux avec les jambes.
2 Puissance, force.
3 Place publique.

Tehina de la Motte
Rédactrice web

© Photos : Laurent Gavietto

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